Combien devez-vous facturer par jour ? C'est la première vraie question quand on se lance ou qu'on veut professionnaliser son activité de freelance IT. Et c'est aussi celle qui paralyse le plus : trop bas, vous vous épuisez pour un revenu décevant ; trop haut, vous perdez des missions. Beaucoup de freelances fixent leur tarif au doigt mouillé, puis le subissent pendant des mois.
Il existe pourtant une méthode simple et logique pour calculer un TJM juste, qui couvre vos besoins tout en restant cohérent avec le marché. La voici, pas à pas.
D'abord, c'est quoi un TJM ?
Le TJM, ou Taux Journalier Moyen, est le prix que vous facturez à un client pour une journée de mission. C'est l'unité de référence du freelance IT, plus parlante que le taux horaire pour des missions qui s'étalent sur des semaines ou des mois.
Attention au piège classique : le TJM n'est pas votre salaire journalier. Entre ce que vous facturez et ce que vous touchez, il y a les charges, les frais, et les jours non facturés. C'est tout l'enjeu du calcul.
Étape 1 : définissez votre revenu net cible
Tout part de là. Posez-vous la question : combien voulez-vous gagner net, par mois, pour vivre correctement et atteindre vos objectifs ?
Soyez honnête et complet. Incluez votre loyer, vos charges de vie, votre épargne, vos projets. Ne fixez pas un objectif au rabais par peur de « demander trop ». Votre TJM doit financer la vie que vous voulez, pas juste survivre.
Disons, à titre d'exemple, que vous visez un net mensuel confortable. Gardez ce chiffre en tête, c'est votre point de départ.
Étape 2 : comptez vos jours réellement facturables
Voici l'erreur la plus fréquente : croire qu'on facture tous les jours ouvrés. C'est faux. Sur une année, vous ne facturez jamais 100% du temps. Il faut retirer :
- Les congés (vous y avez droit, vous aussi).
- Les jours fériés.
- Les périodes entre deux missions (l'intercontrat).
- Le temps de prospection, de formation, d'administratif.
- Les éventuels arrêts imprévus.
En pratique, beaucoup de freelances facturent l'équivalent de bien moins que les jours ouvrés théoriques. Comptez de façon réaliste : un nombre de jours facturables raisonnable plutôt qu'optimiste. Mieux vaut une bonne surprise qu'une mauvaise.
Étape 3 : intégrez vos charges et votre statut
C'est ici que votre statut entre en jeu, et il change tout.
Entre votre chiffre d'affaires et votre net, il y a un écart lié aux cotisations, à la fiscalité et aux frais de gestion. Cet écart dépend directement de votre structure.
- En portage standard, vous conservez environ 55% de ce que vous facturez, avec une protection sociale complète.
- Pour les profils établis, le modèle Entrepreneur+ permet de monter jusqu'à 75% de rendement net.
Pour calculer votre TJM, vous devez raisonner à l'envers : partir de votre net cible, puis remonter en intégrant ce taux de conservation. Un même net cible imposera un TJM plus élevé si votre rendement est faible, et plus modéré si votre rendement est optimisé.
Étape 4 : la formule simplifiée
Voici la logique de calcul, étape par étape :
- Prenez votre net annuel cible.
- Divisez-le par votre taux de conservation (par exemple environ 55% en standard) pour obtenir le chiffre d'affaires annuel nécessaire.
- Divisez ce chiffre d'affaires par votre nombre de jours réellement facturables.
- Vous obtenez votre TJM plancher.
| Étape | Élément | Logique |
|---|---|---|
| 1 | Net annuel cible | Ce que vous voulez gagner |
| 2 | ÷ taux de conservation | Remonte au CA nécessaire |
| 3 | ÷ jours facturables | Donne le tarif par jour |
| 4 | = TJM plancher | Votre tarif minimum viable |
Ce TJM plancher est le minimum en dessous duquel vous travaillez à perte par rapport à vos objectifs. Votre tarif affiché doit être au-dessus, pour garder de la marge de négociation.
Étape 5 : confrontez au marché
Votre calcul vous donne un tarif cohérent avec vos besoins. Il faut maintenant le confronter à la réalité du marché.
Renseignez-vous sur les fourchettes pratiquées pour votre stack, votre séniorité et votre région. Si votre TJM calculé tombe dans la fourchette, parfait. S'il est en dessous, vous pouvez viser plus haut. S'il est nettement au-dessus, deux options : revoir votre cible, ou monter en compétences et en positionnement pour justifier ce niveau.
Les facteurs qui font monter votre TJM
Certains éléments justifient un tarif supérieur. Si vous cochez plusieurs cases, n'hésitez pas à viser haut :
- Une expertise rare ou très demandée.
- De la séniorité et un historique solide.
- Une responsabilité forte (mission critique, sujet sensible).
- Une disponibilité immédiate sur un besoin urgent.
- Une double compétence technique et fonctionnelle.
Quand et comment réviser son TJM
Un TJM n'est pas figé pour la vie. Vous devez le réévaluer régulièrement, sous peine de stagner pendant que le marché et votre valeur progressent.
Les bons moments pour revoir votre tarif à la hausse :
- Vous montez en compétences : nouvelle certification, expertise rare acquise, montée en séniorité.
- Votre demande augmente : on vous sollicite plus que vous n'avez de disponibilité.
- Le marché évolue : votre stack devient plus recherchée.
- Vous renouvelez une mission : c'est souvent le meilleur moment pour réajuster.
À l'inverse, méfiez-vous de la tentation de baisser votre tarif dans les périodes creuses. C'est un réflexe compréhensible mais piégeux : un TJM bradé attire les mauvais clients et s'avère très difficile à remonter ensuite. Mieux vaut tenir votre tarif et utiliser une période calme pour prospecter de meilleurs clients.
Pensez à votre TJM comme à un curseur vivant, qui suit votre trajectoire. Un freelance qui ne révise jamais son tarif laisse de l'argent sur la table année après année.
L'erreur à ne jamais commettre
Ne fixez jamais votre TJM uniquement par rapport à la concurrence, en vous bradant pour « décrocher la mission ». Un tarif trop bas vous enferme : il attire les mauvais clients, vous épuise, et il est très difficile à remonter ensuite. Mieux vaut un TJM juste qui vous respecte.
Une fois votre tarif fixé, il faudra parfois le défendre. Notre article sur la négociation du TJM en ESN vous donne les techniques concrètes pour ça.
En résumé
Fixer son TJM n'a rien de mystérieux. Partez de votre net cible, comptez vos jours réellement facturables, intégrez votre taux de conservation selon votre statut, et confrontez le résultat au marché. Vous obtiendrez un tarif juste, qui finance vos objectifs sans vous brader.
Et comme votre statut influence directement le calcul, le meilleur réflexe est de simuler votre net selon différentes hypothèses. Lancez votre simulation de revenus pour voir ce que votre TJM vous laisse vraiment, ou prenez rendez-vous avec un conseiller pour affiner votre stratégie.
